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 Amaelia Clauss -Terminée- [Validé]

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Chaman des lunes de Gonëvia
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Ennemis : Ceux qui croient Lathorie conquise
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MessageSujet: Amaelia Clauss -Terminée- [Validé]   Dim 12 Aoû - 11:18



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Prénom & Nom: Amaelia Clauss
Sexe: Féminin
Âge: 25 ans
Race: Thériantrophe

Groupe: Clan du Nord, Tribu de Gonëvia
Rang: Chaman des Lunes
Métier: Guérisseur (Spécialité en acupuncture)


Description physique




Sous forme humaine, la jeune femme est ce que l’on pourrait décrire d’éthérée. Assez petite pour ceux de sa race, elle mesure tout au plus un mètre soixante-dix et pèse à peine une soixantaine de kilos. Sa silhouette est tout en finesse avec une taille élancée, des jambes interminables et de frêles épaules. Malgré cette allure de fragilité, Amaelia possède une musculature déliée et ferme qui donne à son corps une énergie vibrante à peine contenue. Ses mouvements sont fluides, mesurés et posés. Il est rare de la voir s’agiter pour rien et parfois son immobilisme a quelque chose de dérangeant.
Mais pour en revenir à cette impression d’effacement la concernant, c’est que la jeune femme semble être monochrome. Ses cheveux, gardés long malgré une frange et quelques mèches folles encadrant son visage, sont d’un blanc neigeux. Tombant jusqu’au milieu de son dos, ils ont l’épaisseur du coton et la douceur d’une poudreuse hivernale. Sa peau est elle aussi extrêmement pâle, mais loin de paraître maladive, elle semble plutôt velouté comme si un fin duvet la recouvrait et lui conférait cet aspect de porcelaine. Enfin, ses cils sont d’un blanc cristallin et encadrent deux iris d’un bleu saisissant. Comme le ciel pâle des jours d’hiver, les yeux d’Amaelia sont épurés de toute tâche et semblent parfois aussi froids que les glaciers.
Dans cette même froideur, le visage de la jeune femme est d’une beauté saisissante mais placide. Semblable à une poupée, ses lèvres pulpeuses sont tout aussi pâles que le reste de son physique. Pourtant chaudes et souples, elles se fendent rarement d’un sourire et restent pour la plupart du temps le verrou de rares paroles. L’expression neutre voir parfois songeuse, Amaelia perd son regard au loin et prête peu attention à son apparence. Ses cheveux, par exemple, sont coupés par ses soins, donnant une coupe assez désordonnée mais étrangement, cela semble être le seul détail doué de « vie » à cette étrange thériantrophe. Pour ses vêtements, elle s’habille chaudement mais ne semble pas prêter plus d’attention à ce que les autres femmes nomment la coquetterie ou l’élégance. Cet air négligé n’enlève en rien la beauté naturelle de la jeune femme qui, au moins, ne se cache pas derrière des artifices.

Sous sa forme animale, la jeune femme revêt l’apparence d’un lepus arcticus, soit un lièvre arctique. Ne pesant alors pas plus de quatre kilos pour une taille moyenne de soixante-dix centimètres, Amaelia revêt une épaisse fourrure qui la protège du froid terrible de ces contrées. En hiver le pelage est immaculé, si ce n’est deux petites tâches noires qui obscurcissent le bout de ses longues oreilles, afin d’être capable de passer inaperçu dans les étendues neigeuses. A l’arrivée du printemps et de l’été, le lièvre passe à des couleurs brunes et grises sur le dos et la tête, bien que ses pattes restent blanches, afin de pouvoir se camoufler dans la boue et les rochers.
D’ailleurs ses pattes possèdent de petites griffes qui lui permettent de gratter la neige et le sol givré pour chercher des racines et des branches enfouies pendant l’hiver. Grâce à son odorat développé et son ouïe sensible, Amaelia est capable de repérer autant les branches de saules sous la neige que les prédateurs en approche. En cas de danger, ce petit lièvre est capable de fuir à une vitesse de cinquante à soixante kilomètres par heure grâce à ses grandes pattes arrières. Dans l’ensemble, il s’agit d’une petite boule de poils aux grands yeux d’un bleu saisissant et à la truffe remuante. Ses mouvements sont lents et calculés, ses oreilles ne cessent de pivoter pour capter le moindre bruit suspect et les muscles nerveux sous l’épaisse fourrure tressaillent et sont toujours prêt à réagir au quart de seconde.
[PS : Image du lièvre dans la signature.]



Description psychologique




De la même façon qu’Amaelia possède un visage à l’expression généralement neutre, sa mentalité détient les mêmes aspects. Qu’importe la personne qui se tiendra en face d’elle, il s’agira forcément d’un inconnu dont il faut se méfier. Même les êtres que l’on côtoie depuis des années nous sont étrangers. Tout n’est que découvertes incessantes et dangereuses. Tout n’est que hasard et imprévu. Alors, pour survivre, pour se cacher des Autres sans pour autant se terrer au fond d’un trou, il n’y a qu’une solution : ne pas montrer ses expressions. Cela restera le meilleur moyen de se protéger. Le regard est la fenêtre de l’âme lui a-t-on appris, ainsi baisser les yeux ou porter son regard au delà d’une réalité peinte par les humains lui offrira l’échappatoire à l’inquisition de son âme.

Souvent la méfiance est confondue avec la peur d’autrui, mais il s’agit surtout du premier pas vers la survie. Qu’y aurait-il de bon à tendre la main à tout le monde ? Rien. Les Autres ne laissent jamais rien derrière eux. Pas même les yeux pour pleurer. Ils prennent tout et s’en vont. Ils saccagent tout au nom de leur croyances et de leurs mérites illusoires. Mais que retire-t-on à tuer et jeter du sel sur les terres brûlées d’inconnus et d’isolés ? Pourquoi ne pas laisser tout un chacun à sa vie et à ses croyances ? Pourquoi toujours tout vouloir sous un seul nom, sous une seule bannière?Pourquoi dit-on que les tériantrophes sont des animaux alors que les seuls assoiffés de sang sont les humains ?
Tant de questions tourbillonnent dans l’esprit de la jeune femme et si peu de réponses lui ont été fournis. Ses oreilles ont entendu tant de récits sinistres, ses yeux ont vu tant de rancœur creuser les traits des siens.... qu’Amaelia à présent ne souhaite plus rien de tout cet héritage. Écœurée par l’amertume et la tiédeur d’une haine essoufflée, la jeune femme aspire à de nouvelles horizons. Mais jamais encore elle n’a trouvé le courage de tout abandonner pour partir sur les routes et trouver un nouveau foyer. L’assurance d’un Destin prédestiné est tellement plus rassurant... et en cela, Amaelia se dégoûte elle-même. Sa couardise l’épuise, elle qui voudrait profiter de sa vie pour apprendre d’autres méthodes de soins, elle qui aspire à une découverte du monde, la voilà clouée aux givres du Nord par sa peur profonde de l’Extérieur. Une peur distillée avec soin par sa famille, par sa Tribu... par son Clan.

Tiraillée par deux aspects de sa personnalité, la jeune femme voudrait obtenir la paix intérieur. Elle souhaiterait trouver la source d’un nouveau courage pour s’enfuir du miasme apeuré dont les tériantrophes de sa tribu se gorgent génération après génération. Si seulement une main pouvait se tendre vers elle pour lui donner l’impulsion qui lui manque. Et si seulement, lorsque l’occasion se présentera... si seulement elle avait alors le courage de saisir cette main !



Histoire




I. Naissance :
La nuit était déjà bien avancée, le ciel aussi bas que les arbres semblait s’écrouler sur le monde et il déversait son flot de neige dans les hurlements plaintifs d’un violent blizzard. Les arbres ployaient sous le vent, les branches geignaient alors que les tourbillons de poudreuse blanche s’élevaient et retombaient au rythme d’une danse effrénée et spasmodique. L’hiver était rude et il le serait encore pour plusieurs mois. Tous semblaient le savoir et tous se cachaient au fond des terriers, des grottes, des nids et des cités. Pourtant, une silhouette bravait la rage de cette nuit glaciale et avançait dans la grande plaine. Une étendue gelée entre deux forêts. Le vent était sans pitié, fouettant et abattant tout ce qu’il touchait et cette pauvre silhouette avançait courbée en deux. Chacun de ses pas était une lutte contre la fureur des éléments, sa volonté était seule à tenir debout contre le blizzard. Sa témérité seule à se dresser et à lui permettre de continuer. Pourquoi... pourquoi risquer sa vie ? Car c’était de vie dont il était question.

Sous toutes les couches de fourrures et de peaux, il y avait le corps frêle d’une femme. Caché sous la capuche et l’épais masque de cuir, il y avait le visage en larme d’une femme. Une femme pleine de vie mais au ventre vide d’enfant. Une femme qui ne pouvait donner à son époux la fierté d’une descendance. Une femme qui n’en était pas tout à fait une, car elle n’était pas encore une mère. Alors elle s’en allait, elle bravait la nature furieuse qui semblait lui intimer de repartir. Elle avançait en espérant trouver dans les montagnes ce lac transparent dont parlaient les légendes. Elle souhaitait voir le reflet des lunes, murmurer à ces dernières son vœux le plus cher... Alors la voilà, cette frêle créature. La voilà titubante et grelottante, marcher encore et encore. Ses pas l’enfonçaient jusqu’aux genoux dans la neige, le vent lui claquait le dos dans des hurlements stridents et elle ne devait sa survie qu’à une étrange boussole. Un bien que sa famille avait échangé contre les humains il y a des années de cela. Une simple curiosité qui aujourd’hui lui sauvait la vie... pour qu’elle puisse à son tour donner la vie.

Les deux soleils eurent le temps de s’élever et de s’abaisser avant que la femme ne parvienne sur un haut plateau. En son centre il y avait une profonde cuvette et là, comme l’avait tant espéré la femme, il se trouvait un lac. L’eau était de cristal et la surface n’était troublée par aucun vent. Les hauts pans de roche protégeaient cette source de toutes intempéries. Une herbe rase recouvrait le sol autour de l’oasis et bientôt les pas hésitant de la femme foulèrent ce gazon aux couleurs beiges. Des mains tremblantes se levèrent pour ôter le masque de cuir. Au dessous, un visage jeune et pourtant déjà assombri par le chagrin se dévoila. Des yeux d’un bleu épuré se posèrent sur le lac, une bouche aux plis amers et craquée de gelures s’étira en un sourire hésitant. Quelques mèches blondes glissèrent sur les joues creuses de la femme affamée et épuisée. A l’abri du vent, elle profita des dernières heures de la journée pour se reposer et lorsqu’enfin les trois lunes se levèrent dans le ciel apaisé de Merak, la femme s’approcha de l’eau. Elle attendit que le reflet de la trinité apparaisse pour se pencher et venir boire, dans ses mains en coupe, une première et longue gorgée. L’eau glacée fut comme des aiguilles transperçant sa gorge et son estomac, mais la femme eut un sourire satisfait.

Que son corps souffre encore, tant qu’il devenait assez fort pour donner la vie. Trois tombes ornaient les racines d’un sapin, trois morts-nés. Trois chagrins. La femme savait que son cœur ne supporterait pas de creuser un nouveau trou. Alors elle était là, sous le regard des lunes, sous la folle espérance d’obtenir d’une légende un fait avéré. Les mots dansaient encore dans son esprit fiévreux, autant de murmures pour un avenir radieux en son cœur asséché de larmes :
« Que de l’eau pure d’une source oubliée,
Que du reflet des trois lunes éveillées,
Que de l’espérance d’une mère désespérée,
Que vienne la Magie aux lèvres portées,
Que s’envole le rêve qui permet d’enfanter,
Que le ventre stérile ne soit plus abandonné. »
Tout cela n’est que folie, lui avait-on répété. Cesse de rêver et résigne toi, lui avait-on ordonné. Mais la femme n’avait pu s’y résoudre. Des trois lunes viendrait son enfant. De la magie de ce monde, viendrait sa progéniture. Avec un sourire et un regard teintés d’une douce déraison, la femme murmura en litanie son vœu alors qu’elle buvait de nouvelles gorgées.

II. L’Enfance :
Un vent tiède soufflait ce jour là, portant avec lui l’odeur du printemps et faisant virevolter pétales et pollens vers un ciel azure parsemé de nuages moutonneux. L’herbe haute s’élevait telle des milliers de sentinelles piquées au canon par des fleurs roses, bleues et blanches, ouvrages sauvages d’une nature émergeant d’un hiver interminable. Les arbres se dressaient pleinement et sur leurs branches interminables l’éclosion des bourgeons somnolents s’effectuait. Les feuilles d’un vert tendre se défroissaient et se gorgeaient d’une nouvelle vie. Les oiseaux sifflaient le retour du beau temps et les ruisseaux chantaient l’engorgement d’une fonte de neige tardive en amont. Après un long sommeil hivernal, tous s’éveillaient et s’étiraient vers un soleil encore timide et paresseux. Quelques animaux pointaient le bout du museau de leur terrier ou des cavernes. Les ours amaigris par l’hibernation se dirigeaient d’un pas lourd vers le premier point d’eau afin d’y boire. Les rongeurs lustraient leur pelage avec des gestes nerveux avant de renifler sol et écorces à la recherche d’insectes. Les prédateurs, grands comme petits, s’étiraient et allaient chercher les zones ensoleillées pour finir leur longue sieste hivernale au chaud. La chasse viendrait après...

Le sous-bois s’éveillait donc, et les rideaux de lumière se déroulaient entre les branches et les troncs dans des parures dorées et poudreuses, quadrillant le sol d’ombres fantasques. La rosée matinale persistait à l’ombre des grands sapins et l’herbe ployait autant sous les gouttes innombrables que sous le passage d’animaux qui, suivant les même sentiers, créaient des labyrinthes de verdure. Et c’est un jeune lièvre qui suivit l’une de ces routes hasardeuses. Sa fourrure blanche commençait tout juste à arborer une déclinaison de brun et de gris sur sa tête et son dos. Marchant prudemment, ses longues oreilles étaient toujours pointées sur l’avant et ne cessaient de pivoter de droite et de gauche, guettant le moindre bruit suspect. Ses yeux brun était brillant, sa truffe remuait alors qu’il gorger ses petits poumons des odeurs printanières. Marchant à son rythme, il s’arrêta au bord d’une flaque d’eau et commença à boire. Ses pattes avant s’enfoncèrent dans la boue sans qu’il ne sourcille et sa petite langue rose vint laper rapidement la surface de l’eau vaseuse. Un craquement sur sa droite le fit se redresser de toute sa hauteur et il regarda autour de lui, inquiet.

La petite fille plaqua les deux mains sur ses lèvres, comme si ce geste pouvait la rendre aussi silencieuse qu’une souris. Ses grands yeux bleus étaient écarquillés alors qu’elle fixait avec fascination le lièvre devant elle. Qu’il était beau, étendu sur ses pattes arrières ! Elle ne pu ravaler un petit gloussement de joie qui fit détaler l’animal. Surprise, l’enfant resta encore accroupie quelques secondes avant qu’elle n’émerge d’un bond de sa cachette et qu’elle ne vienne regarder la flaque d’eau. Avec un petit air déçu, elle se pencha et ramassa dans ses mains la boue qui contenait l’emprunte de pattes du lièvre. Toute heureuse, elle tourna les talons et se mit à courir vers l’orée du bois. Ses cheveux blonds comme le blé sautillaient sur ses épaules frêles, sa peau dorée par le soleil contrastait avec la petite robe blanche qu’elle portait. Enfin, blanche... c’était avant que la petite fille n’aille courir les champs et les bois, qu’elle ne grimpe aux arbres et qu’elle ne rampe sous les souches. Maintenant la tenue était bigarrée de couleur plus ou moins ragoûtantes.

- Amaelia ?

Une voix grave s’éleva au dessus de la brise. L’interpellée s’arrêta et son regard azure scruta la plaine avec difficulté. C’est que l’herbe était presque plus haute qu’elle. Se mettant sur la pointe des pieds, elle vit enfin la silhouette massive de son père et cria pour attirer son attention. L’homme baissa les yeux sur la tignasse blonde et fronça les sourcils. Il tendit une main vers elle et l’agita pour lui intimer de venir immédiatement. Se mordant la lèvre, la petite fille lâcha son paquet de boue et s’essuya rapidement les mains dans l’herbe puis sur sa robe avant de venir se planter devant son père. Croisant les mains dans son dos, l’enfant de cinq ans leva un regard limpide et innocent vers l’homme tout en s’efforçant de ne pas rougir sous son regard inquisiteur.

- Amaelia !
- Oui, Père ?
- Combien de fois t’ai-je dis de ne pas t’aventurer seule dans la forêt ?
- Au moins cent fois, Père. Murmura-t-elle tout en baissant les yeux, penaude.
- Et pourquoi ne dois-tu pas y aller ?
- Car c’est remplis de danger et que des humains peuvent venir et me dévorer ! Récita-t-elle toujours d’une petite voix.
- Alors pourquoi t’obstines-tu à y aller ?
- Parce que je veux découvrir le monde qui m’entoure, Père.

L’aplomb de l’enfant déstabilisa une fois de plus Björn. Combien de fois déjà ses réponses semblaient bien trop matures pour son jeune age ? Songeur, il tendit les mains pour la saisir par la taille et la hisser sur son épaule. Mesurant presque deux mètres de haut, cet homme était une force de la nature. Son animal totem était l’ours et malgré ses allures peu avenantes, malgré les nombreuses cicatrices qui ornaient son torse musculeux, cet homme avait un cœur gros comme le poing... ce qui dans son cas, signifiait beaucoup. Son regard d’un marron ambré scruta avec attention les alentours. Tout semblait calme... mais la tension dans ses épaules ne le quitta pas pour autant. Il n’aimait pas se déplacer en terrain découvert, surtout au beau milieu de la journée. La sensation d’être vulnérable lui tordait les tripes et il n’avait qu’une hâte : retrouver la sécurité du village. Malgré ses instincts d’ours qui lui soufflaient qu’il n’avait rien à craindre, Björn préférait étouffer sa part animale pour se concentrer sur sa raison humaine. Depuis toujours il dominait son totem, refusant de vivre en harmonie avec lui. Et maintenant plus que jamais, il avait un enfant à protéger.

Au loin, les silhouettes imposantes des montagnes fendaient le ciel. Si leurs bases étaient mangées par la forêt, la roche grise reprenait rapidement ses droits sur les versants les plus escarpés. Les sommets quand à eux, crocs acérés dévorant l’horizon, étaient couverts d’une neige éternelle. Gardiens menaçant de la Lathorie, ces montagnes possédaient de rares cols étroits qui permettaient l’accès au reste de Merak quelques mois dans l’année, sans quoi les neiges hivernales avaient tôt fait de les rendre inaccessible le reste du temps. Et c’est au bas de ces sombres murs de roches que s’installait dès les premiers redoux plusieurs villages nomades de la Tribu de Gönevia. L’air sévère, l’homme fronça les sourcils et regarda en direction de la forêt. Au delà il y avait une route fréquentée par nombre d’humains car elle menait directement vers Lathor, leur capitale. Autant dire qu’il n’était pas bon d’y traîner seul. Les humains n’apportaient rien de bon et passer l’hiver en compagnie de certains d’entre eux était un véritable supplice pour ceux de sa tribu. Tiré de ses pensées par les petites mains de sa fille, il la sentit fouiller dans sa tignasse brune pour lui faire quelques tresses. Amaelia... la chaire de sa chaire. Björn ne pu retenir un maigre sourire. Sa naissance avait été une véritable surprise, un bonheur immense malgré le fait qu’il s’agisse d’une femelle. Mais un bonheur teinté d’amertume car il y avait désormais un enfant maudit de plus en ce triste monde.

Ralentissant encore le pas, l’homme s’arrêta finalement et il jucha l’enfant sur la branche basse d’un sapin. Le bois ploya à peine sous le poids et quelques gouttelettes d’eau giclèrent aux alentours. Elles accrochèrent un instant la lumière avant de s’étendre dans l’herbes et venir gorger davantage encore la terre fertile. Observant un long moment en silence sa fille, Björn vint discipliner les cheveux blond d’une main légèrement tremblante. La discussion qu’il devait avoir avec elle n’allait pas être facile. La gorge nouée, le géant inspira plusieurs fois avant de prendre un ton bourru malgré tout ses efforts pour paraître plus doux dans ses approches maladroites. Mais par où devait-il commencer ?

- Amaelia... aujourd’hui est un jour important, tu n’aurais pas du sortir.
- Pardon, Père.

La petite fille baissa les yeux et se tortilla sur sa branche, visiblement au bord des larmes. L’homme poussa un profond soupir et secoua un peu la tête, désemparé d’être si faible face à la bouille ronde de son enfant. Il lui releva le visage en glissant un doigt sous son menton et tenta de croiser son regard. Une foule de souvenirs remontèrent à la surface. Il revit les mêmes yeux fiévreux, les mêmes cheveux soufflés par un vent glaciale. Il revit la silhouette de sa femme s’enfonçant dans un terrible blizzard, cinq ans plus tôt. Qui aurait cru que la folie de son épouse apporterait quelques mois plus tard la naissance d’une enfant aussi merveilleuse et intelligente ? Peut-être le Chaman, malgré sa réticence à parler sur le sujet. C’est pourquoi Björn s’était résiné à ce qui devait arriver. Le cœur serré, il se pencha et embrassa le front d’Amaelia.

- Mon enfant, j’ai quelque chose d’important à te dire. Il s’agit de ta naissance, ainsi que de ta mère. Il s’agit aussi de ton avenir et... d’un long apprentissage.

Il pu sentir l’attention de sa fille être contrée sur lui. La pauvre enfant n’avait pas connu sa mère, décédée alors qu’elle était trop jeune pour s’en souvenir. Peut-être était-ce pour le mieux. Mjollia n’avait plus toute sa raison et les souvenir qu’en gardait l’homme étaient teintés de rancœur. Si son enfant avait la chance de ne rien savoir de cette femme, alors il en remerciait les esprits totems. Fermant quelques secondes les yeux, il prit les petites mains d’Amaelia dans ses grandes paluches et souffla de sa voix grave :

- Ta mère n’a pu donner la vie pendant de nombreuses années. Son chagrin fut tel qu’elle sombra petit à petit dans la folie. Elle parlait dans le vide et murmurait des choses incohérentes. Un hiver, elle quitta Lathor pour partir vers les montagnes. Elle jurait que les trois Lunes l’attendaient.

La petite fille ouvrait de grands yeux. Elle ne comprenait pas tout ce que son père lui disait, mais elle savait qu’elle ne devait rien en perdre et que plus tard, elle comprendrait enfin cette histoire.

- Lorsqu’elle revint, elle était à moitié morte mais pour la première fois depuis longtemps je vis ta mère paisible et satisfaite. Quelques mois plus tard, à l’aube d’un printemps pareil à celui-là, tu es venue au monde. Petit soleil de ma vie, tu as su réchauffer le cœur glacé de tes parents. Mais alors que je pensais ta mère guérie, elle sombra de nouveau dans la folie lorsque tu eut atteint tes trois ans.

La gorge nouée, Björn leva les yeux vers le ciel. Il ravala au mieux ses larmes et serra doucement les mains de son enfant, comme pour y puiser le réconfort qui lui manquait tant. Dans les ombres grises des nuages voguant sous les vents tièdes, il vit la silhouette de sa femme partir avec un rire démentiel. Un éclat se voulant assuré et pourtant si faible. Maladie et folie faisaient déjà tituber le corps de Mjollia avant que le vent glacé ne s’en charge à sa sortie des hautes murailles. Revenant à l’instant présent, l’homme se racla la gorge et vint s’accroupir devant Amaelia qui attendait sagement et en silence la suite du récit. Encore jeune, la notion de la mort ne l’atteignait pas vraiment aussi ne comprenait-elle pas le désarrois de son père. Et lui-même, en sachant que son épouse était désormais l’un des esprits veillant sur le futur, il ne pouvait s’empêcher de souffrir de sa disparition qu’il n’avait pu empêcher.

- Ma fille... ta mère n’est jamais revenue après cette nuit de blizzard. Je t’ai gardé précieusement et je t’ai élevé au mieux. Je n’ai seulement pas pu t’enlever cette curiosité maladive qui t’habite et je ne serais pas étonnée que ton animal totem soit un de ces chats sauvages qui rôdent !
- Un chat ? J’espère que non. Répondit l’enfant d’un ton grave.
- Et pourquoi cela ?
- Je n’aime pas leur façon. Ils sont bien trop prétentieux et arrogants, comme les Sudistes. Svallnir m’a dis l’autre jour que les Sudistes ce n’étaient que des gros chats paresseux et bouffis ! Ils se prélassent au soleil et se laissent apprivoisés par les humains ! Il paraît même que les Esmerin vont finir tout pareil...

Björn regarda un instant la petite avec un air surpris avant qu’il ne bascule la tête en arrière et n’explose de rire. Lorsqu’il eut retrouvé son calme, il embrassa Amaelia sur le front et lui caressa tendrement les cheveux. Cet instant de tendresse laissa place à de la mélancolie alors qu’il laissait ses doigts torsader une mèche blonde. La petite le fixa avec surprise, ne comprenant décidément pas les changements d’humeurs de son père.

- Chair de ma chair... le mystère de ta naissance m’a toujours hanté. Ta mère est-elle vraiment partie vers les montagnes pour apporter la vie dans son ventre, comme elle l’a toujours prétendu ou est-elle allée dans les bras d’un autre ?
- Père ? Demanda-t-elle d’une petite voix, de plus en plus désorientée.
- Ah... Ce n’est rien. Ce n’est rien. Souffla-t-il, le regard assombrit de douleur et de doutes. Sache qu’aujourd’hui, tu vas commencer un long apprentissage, comme je te le disais.
- Lequel ?
- Celui de toute une vie. Tu vas désormais vivre avec le Chaman des Lunes.
- Je comprends pas... j’ai fais une bêtise ?
- Non, bien sur que non. Ma fille, tu es une enfant très douée. Peut-être trop douée. Le mystère de ta naissance, tes facultés et la vivacité de ton esprit... pour tout cela, tu dois aller chez le Chaman et apprendre auprès de lui son savoir faire.
- Mais je pourrais rentrer à la maison, hein ?

Björn sentit son cœur se serrer alors que l’enfant saisissait ses pouces et s’y accrochait comme s’il s’agissait de son dernier soutient. Il vit les yeux bleus s’emplirent de larmes et l’affolement submerger le petit corps qui se mit à trembler.

- Père ! Je ne veux pas être séparé de toi ! Je ne veux pas...
- Amaelia... c’est pour ton bien.
- Non ! Mon bien c’est d’être avec mon papa... et mon papa c’est toi, c’est pas ce vieux corbeau tout déplumé !
- Amaelia !

La voix de l’homme tonna et l’enfant se tut dans un sanglot. Elle baissa la tête et croisa les bras tout en pleurant à chaude larmes dans un silence vexé. Soupirant, il la prit dans ses bras malgré qu’elle se débatte et il l’emporta de nouveau vers le village. C’était pour le mieux... son Destin était bien plus grand que de rester la fille d’un simple chasseur.

III. L’Adolescence :
La pièce était pratiquement plongée dans le noir et sa seule source de lumière n’était autre qu’une cheminée au feu mourant. Les braises scintillaient et se ravivaient sporadiquement lorsqu’un peu de vent tiède parvenait à se faufiler par le conduit de roche encrassé de suie. Des étincelles dansaient follement à chaque fois, fugaces éclats qui devenaient aussitôt flocons de cendre. Basse de plafond, cette salle était parfaitement ronde et des arches de bois quadrillaient sa hauteur alors que des chaînes et des crochets suspendaient des cages contenant une faune hétéroclite. Creusées à même la roche des murs, des dizaines de niches servaient de rangement pour des bocaux, des sacs ainsi que des ustensiles en tout genre. Il était possible de voir se dessiner les ombres de maquettes humaines ou animales, de distinguer les silhouettes de bottes d’herbes et de branches aux baies et aux feuilles séchées. Au delà de l’odeur du bois brûlé, il y avait milles parfums d’herboristerie. Le sol était fait de grandes pierres enchâssées en spirale et le cœur de ce motif se voyait orné d’un trou large de trente centimètres de diamètre. La profondeur était encore insondable avec la pénombre, mais parfois un vague grognement semblait remonter de cette gueule béante et noire.

La porte d’entrée grinça et une fine silhouette se dessina. Depuis le couloir, les flambeaux qui ornaient les murs illuminèrent un bref instant la pièce, laissant voir la richesse des sculptures qui ornaient chaque morceau de bois dans l’atelier. La personne entra et referma doucement derrière elle. Marchant sur la pointe des pieds, elle se dirigea vers un plan de travail et fouilla parmi les bocaux. Elle soulevait les couvercles de lièges, tirait un peu les toiles huilées qui servaient à imperméabiliser les contenants, mais elle ne semblait pas trouver ce qu’elle cherchait. N’en pouvant plus d’avancer à tâtons, l’inconnu approcha d’une bougie et l’alluma rapidement grâce à une allumette. La pièce s’éclaira un peu et aussitôt les animaux enfermés se mirent à faire un boucan de tout les diables. Sursautant, la jeune fille leva les yeux sur les cages et siffla pour tenter de les faire taire, peine perdu au bruit qui continua dans les hauteurs de la salle.

- Quel est tout ce raffut !?

Une tenture se releva et un vieil homme entra à son tour. Ses cheveux gris tombaient en cascade sur ses épaules noueuses, des plumes noires ornaient quelques tresses alors que sa barbe parfaitement peignée était rehaussée d’anneaux en argent et en cuivre. Ses yeux jadis d’un jaune perçant étaient maintenant recouverts d’une pellicule blanche trahissant sa cécité. Pourtant, il n’avait pas besoin de ça pour reconnaître qui s’était infiltré dans son établis. Fronçant ses sourcils neigeux, il attrapa son bâton et marcha vers le centre de la pièce. Contournant le trou, il se posta devant l’intruse et baissa la tête vers elle tout en gardant un silence accusateur.

- B-bonjour, Chaman.
- Que viens-tu faire ici ? Pas de la méditation en tout cas !
- Heu... Je...
- Cesse de bafouiller et rend toi utile. Ravive le feu et prépare moi une infusion. Ça te laissera le temps de te trouver des excuses valables.

Si la voix était légèrement tremblante à cause de l’âge, le ton n’en restait pas moins ferme et autoritaire. Baissant la tête, la jeune fille traîna les pieds jusqu’à la cheminée et elle s’accroupit pour venir ajouter quelques brindilles le temps que le feu reprenne. Elle attrapa ensuite branches et bûches et souffla pour que la cheminée crépite de nouveau avec force et que la lumière chaude inonde la salle. L’homme s’installa en tailleur devant le feu et laissa son bâton près de lui sur le sol. La jeune fille soupira et mit de l’eau à chauffer dans les braises avant de préparer un bol et d’y verser une poudre, trois feuilles de verveines et une écorce de bouleau. Lorsqu’elle revint et qu’elle s’installa aux côtés de l’homme, ce dernier tendit une main pour toucher l’épaule de l’adolescente.

- Alors, que viens tu faire au beau milieu de la nuit ?
- Je... cherchais des baies pour me teindre les cheveux.
- Drôle d’idée. Et tu as cru que l’atelier d’un chaman des lunes serait un office de coiffure et de beauté !?
- N-Non ! Bien sur que non...

Elle baissa la tête et se mordit la lèvre. Soupirant une énième fois, elle tira une mèche de cheveux devant son visage et loucha dessus.

- Mais... ma chevelure est devenue complètement blanche. Je n’aime pas ça !
- L’animal qui est désormais en toi possédait une...
- Une fourrure blanche, de fait mon corps entré en phase avec l’animal revêtit des similitudes autant comportementales que physiques ! Récita-t-elle d’un ton monocorde. Je sais tout cela ! Mais il n’empêche que je préférerai avoir des cheveux moins... enfin plus normaux !
- Amaelia, tu as choisis un animal étrange et dont on se demande encore l’utilité, mais il était toi et tu étais lui depuis ta naissance. Tu ne dois pas rejeter ce que tu es maintenant, car ce serait rejeter tout ce que tu as toujours été.
- Ah on se demande bien ce que je suis, hein...

L’amertume dans la voix de sa jeune disciple fit de la peine au vieil homme. Secouant un peu la tête, il releva encore sa main et lui caressa ces cheveux qu’elle semblait tant détester. Pauvre enfant, pensait-il chaque jour. Torturée en son âme, elle posait toujours bien d’étranges questions et elle aspirait à des rêves farfelus.

- Ta naissance fut une surprise totale et le fait que tu sois née avec des dons particuliers doit être vu comme une bénédiction, Amaelia. Nous qui sommes maudits, nous devons apprendre à nous réjouir du peu que Merak nous offre.

L’eau se mit à bouillir et l’adolescente se leva pour prendre un épais torchon. Le regard mélancolique, elle attrapa la hanse de la bouilloire et versa le liquide dans le bol en terre cuite de son maître. Une naissance surprenante, hein ? Le vieux corbeau lui avait souvent dit que sa mère était allé boire l’eau d’une source magique. Il lui disait qu’en ce monde, il existait des lieux où la Magie était plus concentrée, où les esprits pouvaient offrir une seconde chance du moment qu’on ne les trahissait jamais. Était-ce la raison pour ce Destin qu’elle se devait d’emprunter ? Devait-elle remercier les trois lunes en offrant sa vie à leur service ? Se rasseyant, la jeune fille regarda un long moment ses mains. L’eau d’une source... était-ce pour cela qu’elle pouvait manipuler cet élément ? Terrifiée par ses propres dons, elle croisa les bras et se replia un peu plus sur elle-même. Du haut de ses treize ans, elle ne comprenait toujours pas. Il y avait tant de choses qu’elle ne comprenait pas !

- Amaelia, calme toi mon enfant. Que se passe-t-il ?
- J’ai peur... et je n’aime pas avoir peur. Je... Je ne comprends pas. Pourquoi moi ? Je n’ai pas demandé tout cela et... et je me retrouve ici, loin des autres enfants ! Me cachez-vous parce que vous avez honte de moi ? Parce que je ne suis pas normale !?
- Par les esprits, non ! Bien sur que non ! S’exclama-t-il en manquant de renverser son bol d’infusion. Écoute moi, tu es très précieuse pour notre tribu et l’enseignement que je dois te prodiguer est longs, fastidieux et se doit de rester secret. C’est pour cela que tu ne peux pas jouer avec les autres enfants.
- Cela fait des années que j’apprends à reconnaître des plantes, à préparer des baumes et des breuvages pour soigner des démangeaisons, des crampes, des brûlures et que sais-je encore ! N’importe qui peu faire ça... Je ne vois pas en quoi cela doit rester secret.
- Ne devient pas insolente, je te pris. Le vieil homme soupira et bu une gorgée de tisane avant de reprendre d’un ton plus doux : Pour que tu poses de telles questions, c’est que tu dois être en âge d’apprendre autre chose.
- Ah oui ? A faire de la soupe maintenant ?

Le ton ironique de la jeune fille n’échappa nullement au Chaman mais il se contenta d’un sourire étrange. Il lui fit signe d’aller chercher le coffret au dessus de la cheminée, ce qu’elle fit sans poser de questions pour une fois. Elle pouvait sentir que l’instant était devenu important et qu’il lui faudrait être attentive. Prenant le coffre de bois, elle le posa devant l’homme et s’installa en face de lui. Sur leur droite, la cheminée crépitait et leurs ombres s’étendaient sur le sol en suivant la courbe infinie de la spirale.

- Bien, je t’ai déjà expliqué le fonctionnement du corps humain, n’est-ce pas ?
- Oui... Le corps est fait de deux énergies, l’une est positive et l’autre négative. L’une représente l’abondance et la procréation tandis que l’autre est l’absence et la stérilité. De cet équilibre, de la friction de ces deux énergies, une troisième naît : l’Essence. Si l’équilibre est rompu alors il y a un blocage au niveau de la rupture et l’Essence ne peut plus circuler dans le corps. Cela agit comme un barrage : au dessus, l’Essence s’accumule de trop et le corps ne le supporte pas. En dessous, il y a un manque d’Essence et là aussi le corps ne le supporte pas.
- Bien. Tu sais aussi que le corps est constitué de beaucoup d’eau.
- Oui ! L’excitation de l’adolescente était palpable. Récitant fièrement ses cours, elle continua : L’eau est le sang, le sang est le véhicule de l’Essence.
- C’est cela, mon enfant. Sache donc qu’en maîtrisant l’eau il est possible de faire des merveilles sur le corps humain.
- Comment ?
- L’eau est un élément que l’on confond souvent. On le croit paisible et facile à maîtriser, mais il ne faut pas croire que la surface lisse d’un lac ne cache pas en ses profondeurs les courants sauvages d’un fleuve ! L’eau est malléable, mais rien ne lui résiste.
- Pourtant on la tient bien dans des vases...
- Oui, mais le vase est à la taille de l’eau et pas l’inverse. Amaelia, l’eau peut fendre des roches, s’infiltrer dans une brèche invisible à l’œil nu. C’est l’eau qui a forgé le monde tel que tu le vois... et c’est sur de l’eau que nous vivons pratiquement tout les jours.
- Je ne comprends pas le rapport avec les soins ou le rôle d’un Chaman.
- J’y viens mon enfant... Tu parlais de barrage dans les énergies d’un corps, sache qu’avec une maîtrise de l’eau, tu seras capable de forcer ce barrage pour que l’Essence circule dans les blessures du corps et comble le déséquilibre provoqué.

Le vieux Chaman ouvrit le coffret et laissa voir dans un écrin de velours blanc une cinquantaine d’aiguilles en os. Amaelia se pencha un peu pour regarder l’ouvrage délicat qu’avait demandé chacune de ces aiguilles. Elles étaient fine et ciselée en spirale, un peu comme de fragiles vis. Un travail d’orfèvre se trouvait sous les yeux de la jeune fille qui restait bouche bée.

- Vous... vous vous en servez pour soigner les autres ?
- Oui, elles sont mes catalyseurs. C’est au travers d’elles que je conduis la douleur d’un blessé et que je l’absorbe. Il suffit de trouver le blocage, d’y planter une aiguille et de drainer souffrance et peine...
- Elles sont magnifiques.
- Oui, nous les possédons depuis des générations et seuls les Chamans de Gonëvia possèdent un tel savoir-faire. Ce sont des aiguilles d’acupuncture et c’est là une maîtrise délicate.
- Vous allez me l’apprendre ?
- Non, je vais laisser ce savoir disparaître à ma mort... bien sur que tu vas l’apprendre ! Et je serais intransigeant.

L’adolescente grimaça pour elle-même. Ce vieux corbeau était bien capable de se servir d’elle comme sujet d’explication ! Frissonnant d’horreur à l’avance, elle tendit une main pour prendre une des aiguilles et sentit tout de suite une certaine résonance.

- Mais vous ne maîtrisez pas la magie de l’eau...
- Non et en cela, tu devras peut-être devenir autodidacte, mon enfant. Je t’apprendrai le savoir des Chaman des Lunes, ensuite à toi de décider comment tu vas innover et ouvrir une nouvelle voie dans l’héritage que nous confions aux générations futur.

Amaelia regarda l’aiguille et ne pu s’empêcher de sourire. Un barrage à faire céder ? L’eau est le sang et les sang est le corps. Si au lieux de drainer par les aiguilles, elle insufflait plutôt sa volonté ? Si elle pouvait diluer dans le corps des blessés sa volonté afin que les blessures se referment plus vite... Le sourire de la jeune fille s’accentua et elle reposa avec respect l’aiguille d’os.

- J’ai hâte de commencer cet enseignement !

IV. L’Âge adulte :
Et enfin le grand jour était arrivé. Pour l’occasion, toute la Lathorie semblait s’être préparée pour voir le départ des jeunes tériantrophes. Une foule impressionnante était amassée aux portes de la capitale. Le vent soufflait avec douceur en ce début d’hiver, le ciel semblait dégagé si ce n’était quelques rubans de nuages au loin. La neige était encore poudreuse et les bourrasques paresseuses soulevaient des rideaux opaques alors que des congères se formaient aux pieds des arbres dans les sous-bois environnant. Plusieurs jours d’une grande chasse allaient se dérouler durant lesquels chaque participant découvrira sa véritable place au sein du Clan du Nord. Un moment initiatique de grande importance et tout les adolescent piétinaient d’impatience. Il y avait des ours, des renards, des loups, des hermines, nombres de volatiles et de rapaces. Une animalerie au complet se tenait compactée aux pieds des grandes murailles de Lathor et parmi ce tas de plumes et de fourrures se tenait légèrement en retrait une lièvre blanche. Ses yeux bleus fixaient nerveusement les alentours et il ne cessait de lisser nerveusement son museau à l’aide de ses pattes avant. Sa petite truffe remuait et gigotait tandis que ses oreilles ne cessaient de tressaillir au moindre bruit. Nombre de prédateur fixaient l’animal d’un air goguenard, se demandant tous ce que ce ridicule petit animal faisait parmi eux.

« Qu’ils pensent bien ce qu’ils veulent », se répétait en boucle la lièvre pour tenter de se rassurer. Mais elle entendait les autres membres du Clan se moquer d’elle. « Qu’on ne la prenne pas pour une des proies de la Chasse ! » disait-on le plus souvent. Fermant les yeux, l’adolescente ne les écouta bientôt plus. Elle se concentra sur les battements effrénés de son cœur, sur les crissements de centaines de pattes sur la neige, sur le bruissement des ailes et les respirations lourdes. Dans sa forme animal, tellement de sensations l’assaillaient ! Elle qui s’était peu transformée depuis sa fusion, elle avait peur d’être encore terriblement maladroite sous le regard de tous. Déglutissant avec peine, elle se dandina d’une patte sur l’autre pour sentir l’équilibre de son corps. Il lui suffisait de faire attention et peut-être même de laisser sa part animal dominer pour les prochains jours ? Non, elle devait se montrer prudente et méfiante envers son totem. Il s’agissait d’une lourde malédiction, la laisser se propager dans le corps et dans l’esprit était une mauvaise chose. Soudain, le départ fut donnée et la lièvre réagit au quart de tour. Alors que les oiseaux s’envolaient dans des cris stridents, alors que les quadrupèdes s’élançaient dans un galop souple et endurant... elle détalla à toute vitesse. Les yeux écarquillés et la peur au ventre, Amaelia sauta par dessus un renard, passa sous le ventre d’un grizzli et continua sa course effrénée.

Elle couru pendant des heures puis des jours ne s’arrêtant que pour regarder autour d’elle ou pour dormir dans un terrier de neige qu’elle se creusait. Dans son dos, elle entendait au loin la meute qui approchait, qui flânait et chercher la trace de quelques proies à traquer puis à tuer. Et elle ne voulait pas faire partit de ce groupe sanguinaire et excité. Elle comprenait mieux maintenant pourquoi le vieux Chaman ne souhaitait pas qu’elle participe à la Grande Chasse. Sa place n’était pas ici. Alors, où était-elle !? Désorientée, la lièvre regarda autour d’elle. Les oreilles droites, elle observa la grande forêt puis capta un appel discret. Il s’agissait du vent dans les branches du sapin. Il ne lui disait rien, il n’y avait rien à comprendre du vent bien entendu, mais pourtant... pourtant elle se sentait attirée. Qu’y avait-il là bas ? Un chemin qu’elle ne connaissait pas, forcément mais quoi encore ? Hésitante, elle regarda vers le groupes dont elle distinguait les silhouettes. Finalement, elle s’en détourna et s’élança à toute vitesse vers ce lieux inconnu. Un de plus à découvrir ! Depuis deux jours, elle visitait plus qu’elle ne chassait. Elle retenait les emplacements de racines, de baies et d’écorces qui lui seront utiles pour confectionner des baumes et des lotions. Elle effectuait sa propre chasse en quelque sorte...

Et c’était là. Lorsqu’elle émergea brusquement de la forêt, elle pu voir l’immense étendue qui la séparait de l’inconnu. Le souffle court, la lièvre se dressa lentement sur ses pattes arrière. Elle étendit son corps et releva la truffe pour tenter de voir plus loin encore... mais il n’y avait que de la neige à perte de vue. Au fond, ombres incertaines contre le ciel bleu, il y avait les grandes montagnes. Celles qui tranchaient Merak et protégeaient la Lathorie d’un écrin de roches quasiment infranchissables. Et après ça ? Qu’y avait-il !? Le « Monde des hommes », sûrement. A l’idée de parcourir de verts pâturages dans des terres dangereuses, Amaelia sentit son cœur s’emballer. Ses yeux s’écarquillèrent et elle pensa que ce serait tellement simple : il lui suffisait d’un bond. Un seul et elle serait de l’autre côté du ravin. Une impulsion et elle pourrait vagabonder comme elle l’avait toujours rêvé. Les oreilles plaquées en arrière, elle crispa ses griffes contre la fourrure de son poitrail alors qu’elle maintenait son équilibre sur ses postérieurs. Sa truffe remua, ses yeux se plissèrent d’une envie grandissante et elle se mit à trembler. Son corps se préparait déjà à sauter et la peur qui lui dévorait les tripes, servait aussi d’impulsion à son besoin grandissant de liberté. Petit à petit, la lièvre sentit un calme l’envahir. Sa respiration s’alourdit et retentit à ses oreilles comme seul bruit l’entourant. L’animal recula de quelques pas, il ressentit le froid de la neige contre ses coussinets, sentit le vent dans son dos souffler et soulever sa fourrure hivernale. Il sentit le crissement de ses muscles. Fermant les yeux, Amaelia se concentra...

- Rooow !

Et elle sursauta alors que le glapissement rauque d’un renard arctique la ramenait brusquement à la réalité. Les yeux écarquillés, elle su que la magie de l’instant venait de se briser en mils morceaux. Le cœur battant de nouveau à cent à l’heure, la lièvre regarda par dessus son épaule et fixa le renard. Il faisait parti du groupe, il devait sûrement l’appeler à continuer la grande chasse. Remporter la chasse, revenir à Lathor... redevenir une prisonnière d’un Destin qu’elle n’avait pas choisi. La gorge nouée, Amaelia ne pu pleurer sa frustration ou même son désarroi. Les animaux ne pleurent pas après tout. Et dès cet instant, la jeune fille se mit à haïr sa condition de tériantrophe. Elle se mit à détester cette peur qui la poussa à tourner le dos au ravin. Mais par dessus tout, elle fut prise de dégoût envers elle même. Sa lâcheté l’écœurait. D’un pas lent, la lièvre s’éloigna de sa liberté, elle laissa le vent glaciale emporter son rêve loin, très loin... vers des terres que jamais elle ne verrait.

Face à elle, il y avait la forêt. Plus loin, il y avait la capitale et au dedans, son Destin de Chaman des Lunes. De là, elle soignerait des tériantrophes, elle sauverait probablement des vies. Peut-être un jour aura-t-elle un compagnon et lorsqu’elle se sentira trop vielle elle prendra un apprenti pour lui transmettre son savoir. Ensuite, elle ira mourir et se transformera à jamais en lièvre arctique pour veiller sur les générations futur. Un goût amer dans la bouche, la jeune fille regarda une dernière fois le ravin avant de fermer les yeux de douleur. Le Destin qu’on lui avait tracé était plus rassurant. Déjà programmé, il n’y avait pas à avoir peur d’échouer. Il fallait juste suivre le courant et atteindre un à un les objectifs posés. Si simple. Les oreilles basses, la lièvre détendit son corps pour se mettre à courir à petites foulées, puis de plus en plus rapidement alors qu’elle voulait se vider la tête de ses sombres pensées. Elle distança rapidement le renard et retrouva le reste du groupe qui l’attendait. Le souffle court, Amaelia évita leurs regards et se dirigea vers la capitale. Cette mascarade de Chasse n’était pas pour elle.

Lorsqu’elle retrouva sa forme humaine, la jeune femme enfila rapidement ses habits avant de baisser la tête et d’aller se cacher entre deux bosquets. Accroupie, elle resta à fixer le sol couvert d’une neige encore intacte. Petit à petit, le détail des cristaux s’estompa sous les larmes qui affluaient enfin dans ses yeux. D’abord captifs des cils, les gouttes salines tombèrent dans la neige et formèrent de petits cratères. Enfin, elle pu pleurer et sangloter dans le silence de son isolement. Une main plaquée sur ses lèvres, elle resta de longues heures ainsi. Plus loin, elle pu entendre les acclamations lorsque la Chasse se termina. Les festivités auraient lieux dans la capitale désormais, personne ne viendrait la chercher. Du moins, le croyait-elle jusqu’à ce qu’elle entende le craquement de brindilles et le crissement de la neige derrière elle. Des pas lourds, une personne qui ne faisait aucun effort pour être discret. Une ombre haute et large engloutit sa frêle silhouette et lorsqu’Amaelia leva les yeux, elle découvrit le regard inquiet de son père. Sa gorge se noua et ses larmes redoublèrent. N’osant pas bouger, elle ne pu retenir le tremblement de ses lèvres et finalement, elle tendit les mains vers l’homme qui, sans plus attendre, l’attrapa dans ses bras pour l’enlacer.

- Mon enfant.. je suis tellement fier de toi.
- Huh... Mais p-pourquoi !?
- Parce que tu es resté. Par les esprits totémiques... mon unique fille est restée !

La jeune femme fixa de ses grands yeux le visage de son père. Il avait énormément vieilli, sa barbe était striée de gris, ses tempes aussi blanchissaient alors que de nombreuses rides parcouraient son visage tanné par le soleil impitoyable du nord. Pourtant, l’éclat de tendresse dans ses yeux était toujours le même, malgré ces treize années de séparation. Ne sachant pas quoi répondre, elle bafouilla des excuses entre deux sanglots.

- Père... je suis désolée. Tellement désolée !
- Ssssh... ce n’est rien. Sache que tout le monde passe par là : nous rêvons de liberté. Une vie sans cette peur qui nous contraint à rester dans le Nord. Un rêve d’enfant qui se brise lorsque nous réalisons que jamais nous ne pourrons changer ce sombre destin qui est le notre. Depuis toujours nous sommes traqués et tués par ces humains orgueilleux. Nous portons une lourde malédiction malgré le temps qui passe et le nombre de génération qui s’éveillent en ce monde.
- C’est injuste ! Je voudrais voir Merak sans craindre quoi que ce soit.
- Oublie le monde extérieur, ma fille. Lathorie est déjà bien assez vaste pour étancher ta soif de découverte. Apprend à connaître ton monde avant d’aller voir dans celui des autres.
- Mais...
- Amaelia, tu as l’opportunité d’utiliser ce que nous détestons le plus pour faire le bien autour de toi. N’oublie jamais les dons que les Lunes t’ont offertes à ta naissance.

Son cœur se pinça alors qu’elle détournait les yeux. Devait-elle vraiment se résigner ? Elle porta son attention vers le ciel et bien au delà. Elle contempla la ligne de l’horizon, les ombres de la chaîne montagneuse qui agissait sur elle comme la promesse d’un autre monde. D’une autre vie. Se mordant la lèvre inférieure, elle ferma lentement les yeux et voilà ce rêve absurde de ses longs cils. Se résigner et accepter l’existence qu’on lui désignait. Toute tracée. NON ! Prise d’un sursaut, elle s’écarta de son père et essuya ses larmes. Pourquoi cesser d’espérer !? Pourquoi refuser à ses rêves le droit de se réaliser un jour futur !? Amaelia serra les poings et se détourna de l’homme pour regagner seule, les remparts de la ville. Elle avait cru que son père l’encouragerait à vivre la vie qu’elle souhaitait, mais elle s’était trompée. Après tout, ne l’avait-il pas abandonné une première fois dans les mains d’un inconnu ? N’avait-il pas été le premier à poser la pierre qui fonderait toute son existence ? Si ce n’était pas son père, en qui pouvait-elle avoir confiance. Si ce n’était sur son épaule, contre laquelle pouvait-elle s’appuyer ? Le cœur lourd, la jeune femme avança d’un pas résigné vers son Destin. Les épaules basses, elle soupira en espérant qu’un jour, quelqu’un lui tende la main et l’entraîne vers de nouvelles terres. Vers une nouvelle vie.



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Dernière édition par Amaelia Clauss le Dim 19 Aoû - 14:44, édité 1 fois
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Chaman des lunes de Gonëvia
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MessageSujet: Re: Amaelia Clauss -Terminée- [Validé]   Sam 18 Aoû - 13:54

[Désolée du double poste, mais Fiche Terminée !]
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MessageSujet: Re: Amaelia Clauss -Terminée- [Validé]   Dim 19 Aoû - 12:49

Hello Wink

Très belle fiche, j'ai passé un bon moment à la lire. Tu as une belle plume. Si ce n'est une faute d'orthographe qui m'a piqué les yeux, je n'ai absolument rien à redire à cette fiche, tant sur le fond que sur la forme. Tu as donc ma validation.

L'erreur en question est la suivante. Tu écris " chaire de ma chaire". L'orthographe correcte est : "chair de ma chair"

Chaire désigne un siège dans une église ou un poste dans une université, bref, rien à voir Wink
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Souverain de Meniev
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MessageSujet: Re: Amaelia Clauss -Terminée- [Validé]   Dim 19 Aoû - 13:11

Je me permet de soulever un léger soucis de mise en page sur ta fiche, qu'il faudrait que tu corriges avant archivage de ta fiche !
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Chaman des lunes de Gonëvia
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MessageSujet: Re: Amaelia Clauss -Terminée- [Validé]   Dim 19 Aoû - 14:45

J'ai corrigé cette horrible faute (due à la chaleur et rien de plus :p), et je crois que la mise en page est rectifiée ! ^.^
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MessageSujet: Re: Amaelia Clauss -Terminée- [Validé]   Dim 19 Aoû - 15:09

Oui c'est fait Wink
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Chef du Clan du sud
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Messages : 1143

MessageSujet: Re: Amaelia Clauss -Terminée- [Validé]   Lun 20 Aoû - 23:03

(Juste un petit mot pour dire que je m'occupe de ta fiche demain sans faute si ce n'est déjà fait Smile )
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MessageSujet: Re: Amaelia Clauss -Terminée- [Validé]   Mar 21 Aoû - 7:28

Superbe fiche ^^ j'ai beaucoup aimé la lecture, les descriptions sont riches, l'histoire fluide et captivante

Je te valide sans tarder ! Bon jeu et pense à générer ton parchemin d’identité Wink
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MessageSujet: Re: Amaelia Clauss -Terminée- [Validé]   

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Amaelia Clauss -Terminée- [Validé]

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